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Une Courgette en Corse



Les écrivains sont souvent gâtés. Je reçois par Facebook l’invitation d’une association, Musanostra, qui souhaite organiser une rencontre autour de mes trois romans, à Bastia. L’idée de fuir Paris, la capitale, - je ne parle pas encore de moi à la troisième personne, alors qu’il pleut chaque jour, n’est pas pour me déplaire. Et puis, péché mignon, j’adore aller à la rencontre des lecteurs. Je reçois un billet d’avion électronique par mail ; une libraire de Bastia, Point de Rencontre, a commandé mes livres. Je décide d’ajouter le petit dernier qui n’est pas encore paru, une version augmentée et illustrée d’Autobiographie d’une Courgette à paraître le 17 avril aux éditions Flammarion. Ce livre va entrer dans les écoles de France et être étudié par les petites têtes blondes. Je me réjouis de cette couverture jaune citron et de l’intervention du dessinateur de BD, Charles Berbérian qui a su mettre des images sur des mots sans qu’on ne se soit jamais vus. Je range mes dix Courgette dans un sac en plastique au fond de mon sac à dos. Quand j’atterris à Bastia, le beau sourire de Marie-France m’accueille chaleureusement. Elle n’en revient pas que j’ai accepté de venir à Bastia. Ça tombe bien, je n’en reviens pas qu’elle m’ait invité. Marie-France est prof, ses partiels occupe tous les sièges de sa voiture. Elle m’emmène déjeuner au cœur de Bastia, dans le restaurant de Marie Ferranti, célèbre écrivain, couronnée par l’Académie Française, qui vit entre Bastia et Saint-Florent. C’est sa fille qui nous sert, souriante et fraîche, et nous faisons connaissance Marie-France et moi. Elle porte en elle l’amour des livres et connaît peu les règles de l’édition. Au diable les commerciaux et les attachés de presse, quand elle aime un livre, elle contacte l’écrivain sur Facebook. Pratique et direct. Carole Zalberg et Grégoire Delacourt sont venus avant moi. D’ailleurs c’est Grégoire, l’auteur, entre autres de La liste de mes envies (JC Lattès) qui lui a parlé de mes livres et lui a donné envie de m’inviter. Plus tard,  j’enverrais un texto à Grégoire qui me répondra aussitôt, me traitant de veinard. Il fait beau sur cette place de l’Hôtel de Ville. Au café, une pimpante Nathalie m’embarque dans sa Mini, direction France Bleu Bastia pour un direct de vingt minutes. Le matin même Corse Matin a annoncé la rencontre qui doit se dérouler à 20h30. Marie-France se défend d’être une professionnelle, c’est avec cœur qu’elle reçoit les écrivains. Mais Marie-France a la pudeur des gens vrais. Elle est une professionnelle. A l’issue de l’émission, elle me récupère et m’emmène chez Marie-Hélène qui va me loger pour la nuit. Sa belle maison est ouverte ; il suffit de pousser la porte. Et ne comptez pas sur moi pour vous dire où elle est ! Elle donne sur la mer qui n’intéresse pas Marie-Hélène. Prof également, mère de deux enfants, elle s’assure par texto que je sois bien arrivé et que je profite de sa maison comme si c’était la mienne. Je m’installe dans le salon et corrige le manuscrit de mon quatrième roman L’été des lucioles que je vais remettre à mon retour de Corse à mon éditrice, Héloïse d’Ormesson. Je flâne sur la terrasse qui fait le tour de la maison et profite des chats très intéressés par mon manuscrit sur lequel ils posent une patte de propriétaire. Marie-France passe me prendre, nous allons dîner avec son mari sur le port de Bastia, car après la rencontre, tout risque d’être fermé. La rencontre a lieu dans un café au nom exotique, Les Palmiers, où les lecteurs sont assis en arc de cercle, avec au milieu un poêle qu’on aurait bien fait sauter, mais il faut faire attention à ce qu’on dit, ici, à Bastia. Même si cette légende agace toutes ces dames qui me reçoivent. Le concept de la rencontre est original. Une première partie est consacrée à la lecture que chacun des membres présents doit défendre devant l’assemblée. Parfois maladroit, souvent maitrisé, le plaidoyer des livres critiqués, anciens ou récents, donne envie de s’y plonger. La seconde partie est consacrée à mes trois romans. J’écoute les lectures qui ont été faites, dont une par Nathalie, mon accompagnatrice à France Bleu Bastia. Les échanges sont chaleureux. J’évoque à la fois mes romans et mon métier d’attaché de presse. Puis je parle de deux livres lus récemment, celui de Tatiana de Rosnay À l’encre russe (HdO) aux histoires emboitées comme des poupées russes, lu un dimanche de pluie, qui m’a emballé. Et le polar de Janine Boissard Chuuut ! (Robert Laffont) à l’intrigue maitrisé et le dénouement délicieusement amoral. Je sors fumer une cigarette, puis je reviens pour les dédicaces. Mes dix Courgette partent en deux minutes. Une dame déçue me dit « je vous en aurais bien acheté plusieurs ». Je dessine ma petite vache sous mon nom, je demande les prénoms de ces dames et quelques messieurs. Je n’ai pas vu passer le temps, presque trois heures et demi aux Palmiers ! Marie-France semble ravie du déroulement. On traîne un peu, on se raconte des souvenirs, le serveur bâille, il est temps de rejoindre la maison sur la mer. Marie-Hélène se confie, moi aussi, comme souvent avec des inconnus avec lesquels on se sent bien. Elle m’emmènera le lendemain matin à l’aéroport, laissant derrière moi une furieuse envie de retourner à Bastia. Quelques photos s’échangeront sur Facebook, puis la belle parenthèse de Corse se referme et je reprends ma vie de communiquant comme avant. Comme avant ? Je n’en suis pas certain. Cette Corse m’a donné un sacré coup de fouet juste avant de rendre mon manuscrit à l’éditeur. J’y ai fait de nouvelles corrections en lien avec mon séjour. Et je sais, qu’un jour, la Corse sera dans l’un de mes romans. Comment faire autrement ? Ecouter, regarder, n’est-ce pas ce que fait avant tout l’écrivain que je suis, avant de s’en servir consciemment ou non dans ses romans ?





Paru chez
Geneviève Paris
le 14 avril 2013