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Un Paris-Brive, svp



Sachant que j’étais invité parmi 400 auteurs à la 31ème Foire du livre de Brive, présidée cette année par Erik Orsenna, j’ai mis mon régime entre parenthèses. Départ à 8h30 vendredi dernier dans le train du livre, dûment nommé train du “cholestérol “par la profession. Cette année l’Orient-Express devançait les trois wagons du Corail et des écrivains triés sur le volet s’engouffraient avec leurs bagages dans leurs cabines luxueuses, tandis que d’autres, comme Grégoire Delacourt et moi-même, rejoignaient le Corail. Allez, en première classe tout de même, ce n’est pas comme aller à la la mine, et puis plus de place pour les jambes à glisser sous les tables déjà dressées. Au menu, dès 11h30, après des toasts feuilletés au foie gras, du cou de canard farci aux pistaches accompagné d’une purée de céleri, et une exquise tarte-aux-pommes. J’oublie les vins et la vieille Prune, je ne bois que du Coca-Light. Au hasard des wagons de l’Orient Express, où la célèbre voiture Taurus a souvent abrité un certain Hercule Poirot, on y croise Antoine Gallimard en pleine conversation avec Florian Zeller, tandis que Bernard Pivot feuillette la presse aux côtés de Jean Teulé et apprécie le voyage jugé romanesque.

Un casting à faire rêver

Amélie Nothomb qui fête ses vingt ans d’édition, garde son chapeau. Editeurs, attachées de presse, auteurs et écrivains s’égrènent tout au long de ce train littéraire et me vient à l’idée que si ce convoi déraillait, c’est toute l’édition qui disparaitrait en un froissement de tôle. Imaginez : Olivier Adam, Yannick Grannec, Jean-Noël Pancrazi, Gilles Lapouge, Laurent Binet, Joy Sorman, Joël Dicker, Christine Angot, Felicity Herzog, Fabrice Humbert, Gérard de Cortanze, Serge Joncour, Véronique Olmi, Serge Bramly, Alexandre Jardin, Amin Maalouf, Barbara Contantine, Bernard Werber, Aurélien Bellanger, Jérôme Ferrari, Nicolas d’Estienne d’Orves, Mazarine Pingeot, Jean Teulé… Nenni, nous arrivons à la gare de Brive sous l’œil amusé des curieux et une nuée de portables qui photographient le train et tous ceux qui en sortent. Le temps de déposer nos sacs à l’hôtel, et de pénétrer dans le saint du saint, par l’entrée des artistes, où des vigiles fouillent chaque auteur comme un éventuel terroriste, Charlie Hebdo étant à l’honneur du forum des lecteurs ce jour-là. Mission pour chaque écrivain : trouver son stand dans une foule déjà compacte qui force le ralenti. Sur mon stand, la délicieuse Gwenaëlle de la librairie Chapitre m’accueille avec gentillesse, et m’offre café, eau et sourires avant de m’installer devant des piles impressionnantes de livres. Trois titres déjà, en vingt ans tout de même. Je suis à peine assis qu’une dame aux cheveux bleus me tend un livre et réclame une signature. Je tourne la tête, Lorraine Fouchet vient d’arriver au stand de Robert Laffont et signe déjà un exemplaire de son dernier roman Couleur Champagne. A ses côtés deux amies, Anne Goscinny, toujours aussi frêle et fragile, venue dédicacer Le bruit des clés chez Nil et Eve de Castro, tête penchée et gracile, s’appliquant sous sa signature, avant de tendre Le roi des Ombres à une lectrice ravie.

Sur mon stand Annie Duperey vient d’arriver sous son prénom scandé par des dizaines de fans qui l’attendent avec impatience. Plus discret, Patrick Deville signe son nouveau roman paru au Seuil Peste et choléra qui, après le prix Fnac (des lecteurs et libraires) vient d’obtenir le Fémina. « Nous étions ensemble au Mans, n’est-ce pas ? » me glisse l’écrivain à la belle chevelure argentée, avant de prendre le livre d’un lecteur en mal de dédicaces. Une cohorte monte dans les allées bondées, j’aperçois la première dame de France entourées de gardes du corps se diriger d’un pas ferme vers son stand afin de signer le livre qu’elle a légendé François Hollande Président. La rumeur enfle, chacun essaye de la photographier, Valérie Trierweiler sourit, visiblement à l’aise dans ce bain de foule qui s’arrêtera en arc de cercle face à sa table… Présente aussi à l’inauguration, notre ministre de la culture Aurélie Filippetti a salué la diversité des auteurs et les réseaux de librairies « une résistance à toute forme de formatage ». Diner chez Francis le soir, une institution à Brive. C’est simple, pour espérer avoir une table le week-end du salon, mieux vaut réserver au mois de juin. Sur les murs des dessins d’auteurs célèbres comme Grzegorz Rosinsk et Wolinski. Philippe Geluck, venu dédicacer le Chat Erectus chez Casterman ajoute le sien sous le regard bienveillant de la patronne, Dominique, qui connaît ce milieu comme un chat sa gamelle. Le lendemain soir, Emmanuel Chaunu, sur une échelle, soutenu par plusieurs fans, s’exécutera au plafond du restaurant sous le regard vif d’Harlan Coben, l’empereur du polar avec des lecteurs qui se sont déplacés de la France entière pour obtenir une dédicace.

Jusqu’au bout de la nuit

Brive, c’est Gala et les Inrockuptibles réunis, la crème de l’édition et son lait. Des auteurs régionaux aux stars de l’édition, des premiers romans aux vedettes du petit écran, chaque lecteur y trouve son choix, exigeant, littéraire ou non, juste pour un petit papier de Noël signé par une star, ou LA dédicace attendue depuis un an par son auteur fétiche. Les lecteurs sont fidèles et curieux à Brive, les échanges sont souvent longs et il n’est pas rare qu’ils repartent avec plusieurs livres du même auteur. Et de nombreux éditeurs se déplacent sur le terrain. Antoine Gallimard, Léonello Brandolini et Nicole Lattès (Robert Laffont), Francis Esménard (Albin Michel), Héloïse d’Ormesson, pour ne citer que quelques uns qui ne sont pour la plupart présents sur aucun autre salon de Province en dehors d’Héloïse d’Ormesson. La rumeur parisienne dans la cohorte des prix littéraires a placé ce salon en ligne de mire des maisons d’éditions qui se doivent d’y être. Le soir, après un diner à la Truffe Noire (autre restaurant et hôtel culte de Brive), tout ce petit milieu interlope se retrouve au Cardi, la boite de nuit où chacun jouera le jeu de la merveilleuse grande famille et où personne ne se risquera à piquer l’auteur de la maison d’édition concurrente…

A l’année prochaine

Sur la deuxième piste de danse (la première étant réservée aux locaux), un spectacle étonnant, des écrivains et éditeurs se déhanchant sur des tubes des années 80. Bernard Pivot, restera sur trois titres, dans le rythme, sous le regard amusé des connaisseurs. Des journalistes se débraillent torse nus, c’est la fête, et Mimi la propriétaire, nous fait passer par la cuisine pour pouvoir fumer dans un local dit V.I.P. On se raconte des secrets d’édition qui n’en sont plus. On se retrouve sur la piste et j’entraine une amie de l’Express, Delphine Péras, dans un rock endiablé. Je partirais bien plus tôt que la plupart des couches tard de l’édition. Je veux être en forme, le dernier jour, pour les lecteurs qui viendront me demander une dédicace de mon dernier roman Au pays des kangourous. Je croiserais vers 14h00 Grégoire Delacourt parti déjeuner en 15 minutes, le temps autorisé par ses lecteurs, sous peine de le menotter à sa chaise…Je plaisante bien sûr. A 17h00 le dimanche, c’est le temps des adieux, quelques photos avec le libraire, un clin d’œil à mon charmant voisin Régis de Sa Moreira venu dédicacer notamment son dernier roman La Vie au Diable Vauvert et de nouveau le train corail (je refuse même l’Orient Express afin de ne pas attendre mon bagage à l’arrivée), où nous attendent une délicieuse soupe au potiron, une omelette aux cèpes, un Cabécou et une tarte Tatin.

Depuis ce jour, régime sec, salade et eau minérale. J’ai envoyé sur ma page Facebook les quelques photos prises à Brive et jeté à la corbeille le badge qui me permettait d’entrer à la Foire du livre de Brive par l’entrée des Artistes. Rideau.





Paru dans
Jim Le Pariser
le 15 novembre 2012
gilles paris